LES INVITÉS /

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Béla Tarr

© Photo : zero fiction film

Béla Tarr est né en Hongrie en 1955, sous le régime communiste. D’abord ouvrier vivant de petits métiers, il se met au cinéma et réalise en cinq jours Le Nid familial (1979), dont le succès lui ouvre les portes l’École supérieure de cinéma et de théâtre de Budapest.

En 1980, il fonde le studio indépendant Tàrsulàs, que les autorités hongroises fermeront cinq ans plus tard. Cette même année, la présentation de Damnation au Festival de Berlin, sans l’aval des autorités, le conduit à l’exil. En1985, il rencontre le romancier Laszlo Krasznahorkai, qui devient son scénariste. Les Harmonies Werckmeister (2000), premier film à être distribué en France, signe sa consécration. Après L’Homme de Londres (2007), en compétition officielle au festival de Cannes, Le Cheval de Turin (2011) est présenté à la Berlinale, où il remporte un Ours d’argent. Entre décembre 2011 et janvier 2012, le centre Georges Pompidou consacre une rétrospective intégrale de ses films (une quinzaine), «  Béla Tarr, l’alchimiste ».

Béla Tarr dit avoir été « envenimé par la caméra ». Un poison qui lui a permis de se forger un langage propre, capable de traduire une sensibilité au monde extraordinairement singulière. Il y a un style Béla Tarr : photo en noir et blanc, d’abord, qu’il qualifie plutôt d’« échelle de gris », « bien plus vif et coloré que ces couleurs merdiques qui ressemblent à du plastique et
qu’on retrouve dans tous les films actuels ». Personnages décalés, plans-séquences, longs et abondants mouvements de caméras, durée hors norme (7h30 pour Le Tango de Satan), le recours à des musiciens comme acteurs, « parce qu’ils ont un autre sens du rythme que les acteurs professionnels », musiques entêtantes… Au sujet de la durée exceptionnelle de ses films, il s’exclame : « Qui a décidé de la longueur standard d’un film ? Les gens du showbusiness. Mais le cinéma, ce n’est pas du show-business, c’est le septième art ». Béla Tarr « a des choses à dire », et il ne fait aucune concession pour les exprimer : ni à la censure politique, comme à l’époque socialiste, ni à la censure du marché actuel. À une vision pessimiste du monde, Béla Tarr oppose une liberté et un radicalisme dans l’art qui se traduit, pour le spectateur, par une expérience véritablement inédite.

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