LES INVITÉS /

›› ‹‹

Éva Besnyő

© Photo : Autoportrait Budapest 1929

Éva Besnyő est née en 1910 à Budapest et est décédée en 2003 à Laren, en Hollande. Fille ainée d’Ilona Kelemen et de l’avocat Bernat Besnyő, qui sera déporté et assassiné à Auschwitz en 1944, elle reçoit une formation à l’atelier de József Pécsi, photographe de publicité et d’architecture déjà réputé dans la capitale hongroise.

En 1930, à tout juste vingt ans, elle s’installe à Berlin, bien décidée à faire de la photographie son métier et à quitter définitivement la Hongrie fasciste. Le Berlin de la République de Weimar va lui offrir un exemple de démocratie et de liberté d’expression où les possibilités artistiques semblent infinies. Cependant, avec l’apparition des premières mesures contre les Juifs, Éva Besnyő décide de partir pour Amsterdam, quelques semaines seulement avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, en janvier 1933. Soutenue par la peintre expressionniste Charley Toorop, sa belle-mère, chez qui se croisent tous les courants de l’avant-garde néerlandaise, elle expose pour la première fois et se fait connaître du grand public. Peu à peu, Éva Besnyő va documenter le travail de Charley Toorop. Elle sera d’autant plus être sensible à cette importance de la photographie témoin qu’elle sera directement confrontée à la disparition des communautés juives en Hongrie, en Allemagne, aux Pays Bas : son père et nombres de ses amis vont périr en camps d’extermination. À la veille de l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale, témoin à Berlin de la montée du nazisme et des violences antisémites, son travail est marqué par l’urgence politique : il faut dénoncer la misère, les dictatures fascistes et nazis. Elle sera notamment l’une des organisatrice de l’exposition internationale « Foto’37 », qui a surtout l’ambition de montrer la place qu’a prise la photographie comme art, comme moyen d’expression, mais aussi comme outil de dénonciation. Peu après l’invasion par les nazis des Pays Bas en mai 1940, les mesures anti-juives empêchent Éva Besnyő de travailler sous son nom. Elle entre dans la clandestinité à l’automne 1942, pour n’en sortir qu’en 1944, participant entre temps à la résistance en faisant des photos d’identité pour les faux papiers. Après la libération, elle épouse Wim Brusse, avec qui elle aura deux enfants.

Pendant les années 70, elle suit activement le mouvement féministe Dolle Mina. Les centaines de clichés qu’elle prend alors de femmes exerçant le métier d’hommes, de manifestations pour le droit à l’avortement ou en faveur de la pilule ont joués un rôle important dans le processus d’émancipation et de libération sexuelle de la femme.

L’oeuvre d’Éva Besnyő est riche et variée : de la photographie d’architecture, des portraits, des paysages, des images techniquement impressionnantes, mais également habitées par de nombreuses influences culturelles et politiques, sensibles et incarnées. Entre Nouvelle Vision, Nouvelle Objectivité et documentarisme social, elle allie poésie et engagement politique.

Le musée du Jeu de Paume a présenté une rétrospective de son oeuvre, « Éva Besnyő : l’image sensible », en 2012.

À lire : « Éva Besnyő, une femme de son siècle », de Catherine Gonnard, paru dans le Magazine du Jeu de Paum http://lemagazine.jeudepaume.org/2012/07/catherine-gonnardeva-
besnyo-une-femme-de-son-siecle/