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Cinéma

RÉTROSPECTIVE DE LA PREMIÈRE RÉALISATRICE BULGARE THE TIED UP BALLOON, DE BINKA ZHELYAZKOVA /

The Tied up Balloon (1967, 1h38), de Binka Zhelyazkova

Un ballon apparaît soudainement au-dessus des villages et des champs et attire l’attention des paysans qui l’apprécient pour la beauté de sa liberté. Mais les rêves de liberté s’évanouissent avec l’arrivée de la police militaire. Censuré par le parti communiste dès sa sortie, a été redécouvert dès l’avènement de la démocratie et a été reconnu comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma bulgare.

Précédé de Physique de la tristesse (2019, 26 min), de Theodore Ushev. Auréolé de dizaines de prix, dont le Cristal du court métrage au Festival d’animation d’Annecy 2020, Physique de la tristesse, première œuvre entièrement animée selon la technique de l’encaustique, est inspiré d’un roman de l’écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov. Avec la voix de Xavier Dolan, le film brosse un portrait fascinant et personnel sur le thème du déracinement et de l’identité.

Séance présentée par Ralitsa Assenova, programmatrice d’un festival de cinéma à Sofia.

Binka Jeliazkova (1923-2011), première femme réalisatrice en Bulgarie, l’une des rares femmes cinéastes sur la scène internationale dans les années 1950-1960, mélange perfectionnisme et anticonformisme, influences du néoréalisme italien et de la Nouvelle Vague, en créant une œuvre originale et sans compromis. Elle se fait rapidement une réputation de « bad girl » du cinéma bulgare : même si très appréciés à l’étranger, dans son propre pays quatre de ses neuf films seront bannis des écrans jusqu’à la chute du régime.

Après des études de théâtre, à Sofia, elle débute sa carrière comme assistante de réalisation au studio de film Boyana, puis comme réalisatrice dès 1957. En tout Binka Jeliazkova réalisera deux documentaires et sept longs-métrages, dont cinq en collaboration avec son mari, le scénariste, poète et écrivain Hristo Ganev. Quatre de ces films seront interdits à la distribution et ne rencontreront leur public qu’à la chute du régime.

Avec la sortie de leur premier film, La vie s’écoule paisiblement… « Partisans » , en 1957, Binka Jeliazkova et Hristo Ganev, pourtant communistes convaincus, font aux yeux du Parti figures de dissidents. Le film est l’un des premiers du Bloc de l’Est à révéler l’écart entre l’état socialiste et l’idéal communiste, dénonçant la crise éthique, le relâchement moral, la corruption et les abus de pouvoir. Le film, qui provoqua un scandale, fut banni par décret ministériel, avec interdiction formelle d’en parler ou d’écrire à son propos. Ce n’est qu’en 1988, soit trente et un ans après sa création, qu’il put rejoindre son public.

Le cinéma de Binka Jeliazkova est à la fois avant-gardiste et engagé. Il se situe entre recherche formelle, critique politique et réflexion philosophique. Son style, exigeant et travaillé, tissé de profondes métaphores, a pu être comparé à celui de Fellini et de Tarkovsky. Ses films, dans leur manière de penser et leur esthétique, s’opposer au réalisme socialiste.

Il y a dans l’attitude de retrait de Binka Zhelyazkova, intellectuelle de gauche attachée à l’idéal communiste, une forme de malaise moral face au régime, lequel exercera sur elle, comme sur tout intellectuel dissident, une pression constante : censure périodique de ses films, interdiction temporaire de travailler, publication d’articles à charge dans la presse spécialisée dénonçant ses écarts de conduite… Ce qui ne l’empêchera pas d’être gratifiée par la République populaire de Bulgarie, dans les années 1960, du prix Dimitrov pour sa contribution à la science, l’art et la culture.

Dans tous ses travaux, elle a cherché à mettre en évidence le décalage entre l’idéal communiste et la réalité, l’usage du pouvoir à des fins personnelles, la compromission et le conformisme. Sanctionnés et censurés dans la Bulgarie socialiste, ses films ont contribué à forger les codes d’une avant-garde au style métaphorique et expressif qui compose l’essence de la « nouvelle vague bulgare » et a fait l’objet d’une reconnaissance internationale – à Cannes, Moscou, Montréal, Berlin, Buxelles et ailleurs.

Pour leurs positions artistique et politique Binka Jeliazkova et Hristo Ganev ont été récompensés en 2007 par le Ministère de la Culture pour leur contribution au cinéma bulgare.

Source : Cultural Opposition , par Anelia Kasabova (Traduit de l’anglais par Suzanne Côté)

Cinéma


14h15

dim. 28 novembre


Christine Cinéma Club

4, rue Christine
75006 Paris


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