LES ÉVÉNEMENTS /

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SOFIA II / mars 2022

Un toit à Sofia / Master Class AVEC L’ÉCRIVAINE ET RÉALISATRICE ELITZA GUEORGUIEVA /

Un toit au centre-ville de Sofia en 88. Le toit de l’Union des artistes. Des jeunes artistes inspirés et dissidents font ce qui était impensable jusque-là : faire une exposition sur le toit. Elle s’appelle Terre et ciel et c’est l’une des premières expositions d’art contemporain en Bulgarie. Pendant le régime communiste il fallait veiller à respecter les cadres, les cases, les espaces : on exposait à l’intérieur. Aller sur le toit, c’est prendre de la hauteur, changer de perspective, sortir des cases. Ainsi des objets fantaisistes, des slogans subversifs, des arbres et des herbes inconnus plantés dans le béton et des échelles en bois s’élevant jusqu’aux nuages, surgissent en plein air entre les bâtiments communistes, la cathédrale Alexandre Nevski aux toits bleus et dorés et la Centrale du parti communiste qui se remarque de partout en ville avec son étoile rouge, symbole d’une éternité. Le totalitarisme s’effondrera en Bulgarie quelques mois plus tard mais à cet instant les artistes ne se doutent de rien – le régime a 45 ans, il est plus vieux qu’eux.

Aujourd’hui nous sommes habitués à ces pratiques et le contexte politique a changé. La séquence que je décris ci-dessus est extraite de mon film Chaque mur est une porte. Elle m’a amenée à questionner notre rapport à la création aujourd’hui : qu’est- ce qu’être subversif dans le cadre actuel ? Quelles limites frôlent l’art de nos jours ? Qu’est-ce que transcender les espaces ? La radicalité peut-elle être personnelle et politique à la fois ? Un des artistes qui a participé à Terre et ciel s’appelle Nedko Solakov qui, deux années plus tard, provoquera les esprits en exposant son passé d’agent pour la Sureté intérieure (installation "Top Secret"). Il est le premier artiste et l’une des rares personnes à avouer et assumer son rôle pendant le régime, et en plus en faire une œuvre d’art. Comment la mise en scène de soi peut questionner la société, comment peut-on, avec sa propre singularité, toucher le collectif ?

Par la pratique de la performance et s’appuyant sur quelques œuvres littéraires et plastiques, bulgares et françaises, nous allons chercher des réponses à ces questions si essentielles pour l’art. De la conférence-performance à la perfomance action, de la poésie sonore au texte narratif, nous chercherons la forme la plus adaptée pour que chacun.e puisse retrouver en soi une manière de questionner le politique. Ainsi cette master class proposera une brève connexion bulgare et tentera quelques gestes performatifs. À l’issue de celle-ci, les performances seront présentées à l’École des Beaux-Arts de Paris, dans le cadre du festival Un week-end à l’Est.

Master class de Elitza Gueorguieva


Beaux-Arts de Paris

14, rue Bonaparte
75006 Paris


Invité(s) : Elitza Gueorguieva /